jeudi 17 mai 2012
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Vers une mobilité durable "Une révolution culturelle nous attend"

« Une révolution culturelle nous attend »

Martine Bisauta, élue communautaire et adjointe au développement durable de Bayonne, ouvre les perspectives en matière de déplacements d’avenir dans l’agglomération.


La voiture est le premier moyen de déplacement sur notre territoire et demeure très loin devant toutes les autres solutions.
Martine Bisauta : La voiture est privilégiée en ce qu’elle apporte de souplesse, de liberté, de facilité et au-delà en ce qu’elle représente aussi de visualisation de statut social. Ne pas avoir de voiture « sidère » encore autour de soi , comme si cela était un handicap évident, un signe de paupérisation extrême ou à l’inverse parfois une sorte de marque de très grande originalité. Au-delà de ces réflexes sociétaux, notre agglomération n’offre pas non plus de solution alternative crédible, car si nous voulons que le choix de déplacement se modifie, il faut construire une offre capable de concurrencer la sacro sainte bagnole… Et on est encore loin du compte. Dans les grandes agglomérations les habitudes sont différentes, et les déplacements sont en grande partie assurés par les transports en commun ou par des moyens plus innovants qui commencent à avoir les faveurs des usagers. Ici si nous parvenions à rendre la seconde voiture des ménages inutile nous ferions déjà un sacré pas en avant.
Comment allons-nous nous déplacer dans l’avenir ?
Martine Bisauta : D’abord, c’est la fin de « l’autosolisme », c'est-à-dire la voiture et seulement elle durant tous le trajet. Mais on peut imaginer que l’on quitte son domicile en zone rurale en voiture, pour rejoindre une gare TER et à l’arrivée en ville, plusieurs solutions devront être possibles en fonction du trajet restant  à parcourir.
Le bus : en premier bien évidemment. Son succès dépendra de sa vitesse commerciale, de son cadencement, de la politique tarifaire appliquée, de son confort voire de son look. Un autre défi, consiste à mettre en place des arrêts judicieux et suffisants pour que les parcours à accomplir à la descente du bus soient les plus courts possibles à la proximité des grands centres commerciaux ou des concentrations de salariés.
Il faudra aussi mettre en place des parkings ceinturant les villes, où la voiture pourra être laissée au profit du bus avec un système ticket/bus/parking intéressant.
Le succès de ces dispositifs dépend entièrement de la fiabilité du bus, notamment le respect des horaires. Doivent être aménagés des arrêts couverts, avec possibilité d’y acheter son titre de transport et avec un système annonçant le prochain passage. Mais la configuration de l’agglomération est telle, qu’on ne pourra se contenter, d’un réseau de bus même si celui-ci devient très performant.


Il faudra alors explorer d’autres pistes.
Martine Bisauta :
Oui, à l’image de navettes gratuites à toutes les gares routières dans les villes, des prêts de vélos gratuits, mais aussi peut-être un système de « taxi pousse-pousse » permettant d’achever le parcours. Il faudra développer le transport à la demande à l’image d’« AlloBus ». Il serait intéressant également d’initier le transport fluvial : il pourrait venir compléter l’offre de déplacement de manière originale et pratique.  On peut imaginer une navette fluviale qui acheminerait des passagers vers les deux rives de l’Adour et qui desservirait, Bayonne, Anglet et le Boucau.  On pourrait soit laisser sa voiture dans un espace dédié, soit utiliser le bus pour la partie terrestre du déplacement. Il y a des mouvements importants vers l’agglo mais aussi de nombreux déplacements de salariés vers le Boucau et ses zones industrielles.
Je pense aussi au tramway « du soufre » : il existe une ligne de train de soufre qui pénètre au cœur de l’agglomération et qui passe à proximité de l’hôpital, du lycée Cassin. Il serait intéressant d’avoir une réflexion sur son aménagement et sa réhabilitation car elle pourrait offrir une autre solution de déplacement pratique et  notamment en desservant le centre hospitalier qui constitue une difficulté majeure d’accès.

D’autres systèmes novateurs sont déjà couronnés de succès ailleurs. 

Martine Bisauta : Des systèmes assez nouveaux en France commencent à avoir un certain succès. Ce succès dépend en grande partie de la qualité de l’organisation, de sa facilité d’accès, de sa fiabilité. Le covoiturage : spontanément des usagers s’y sont mis, entre eux et sans l’aide de personne. Il s’agit simplement de s’entendre et de s’attendre pour effectuer un parcours identique à 3 ou 4, au lieu de rester isolé dans sa voiture. Ceci a été plus conditionné par l’augmentation du prix du carburant que mettant en relation des personnes effectuant quotidiennement des trajets similaires.
Cela concerne des voyages de Bayonne à Pau par exemple et le parking de Mouguerre en a fait une bonne démonstration, mais aussi des trajets moins importants en distance en provenance ou à destination des communes du Pays Basque.
Il faudra obtenir de toutes les communes qu’elles incitent leurs administrés à prendre connaissance des trajets effectués depuis leur territoire et à quels horaires. On pourrait alors en mairie s’inscrire pour partager à 3 ou 4 la même voiture quotidiennement. Cela contraint un peu, mais le manque de souplesse que cela engendre est compensé par l’avantage économique non négligeable et aussi par une certaine convivialité.  
L’autopartage : pas très connu encore en France, il existe au Québec de façon courante depuis longtemps. Il s’agit de payer un droit d’entrée dans une association ou une société, puis de régler un abonnement mensuel pour avoir accès à un véhicule selon ses besoins et en fonction du trajet programmé : voiture banale pour se rendre un samedi à St Sébastien, ou un « Espace » pour partir en vacances, en week-end à plusieurs. On paie alors les frais de carburants, plus en général un forfait kms destiné à amortir l’utilisation du véhicule. C’est de la location revisitée et beaucoup moins coûteuse. Certaines villes mettent maintenant en place des stations d’autopartage dans leurs parkings. Des véhicules sont alors disponibles pour l’usager adhérent en fonction de son besoin. Cela présente l’avantage non négligeable de ne plus avoir de véhicule à acheter, à entretenir, à assurer, à garer…… Si le système se répand et que les stations sont relativement proches des domiciles (très imaginables à Bayonne), ce système a de l’avenir. On peut penser à des urbains qui n’auraient véritablement besoin de véhicules pour leurs déplacements privés et qui renonceraient totalement à l’achat d’une voiture.
Pédibus : système de « ramassage » des enfants à pied, avec de bonnes conditions de sécurité et l’accompagnement d’adultes pour freiner  l’habitude des parents qui déposent leurs enfants devant l’école en partant au travail. Ils accomplissent souvent un trajet supplémentaire très court mais sont à l’origine de bons embouteillages.  On réinvente ce qu’à Bayonne nous appelions « faire le rang », il y a plusieurs décennies…  
Plans déplacements entreprise : un gros chantier à mettre en œuvre rapidement avec les employeurs les plus significatifs du bassin d’emploi. On pourrait leur demander de pratiquer des enquêtes sur les trajets domicile- travail de leurs salariés, de mettre en place des propositions de covoiturage, d’encourager le transport en commun en offrant  la moitié du prix de l’abonnement bus ou TER. La CABAB vient de le faire, les villes seraient bien inspirées de suivre, elles pourraient alors servir d’exemple pour initier un vrai mouvement dans ce sens.
Au travers de la mise en place de l’Agenda 21, à Bayonne toutes ses idées et propositions seront soumises au débat. Au travers du Club des partenaires que nous mettrons en place, nous engagerons aussi le dialogue avec les professionnels (CCI, Chambre des métiers, secteur santé, secteur sportif…), avec le collège des citoyens ou des associations, nous évaluerons les besoins, nous pèserons sur les changements de comportements.
C’est une révolution culturelle qui nous attend, difficile, mais aussi passionnante parce que tout est à revoir…





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